A quelques brasses, un carré ocre éclaboussé d'embrun s'offrait au soleil, tel un champ de coton géorgien. Un chemin serpentait parmi les digues et les dunes pour s'accrocher à flanc de coteau, comme pour mieux grimper encore, là où des ombres s'avançaient d'un pas lent et mesuré. Le toit d'ardoise d'une cahutte émergea au détour du chemin, le vaste horizon blanc et bleu pour décors de fond... Inlassables, nos pèlerins poursuivaient leur chemin dans cet immense décor fait de terre, de pierre et d'eau. Et de ciel.

On somnolait, tout en bas sur la plage. On veillait, tout là-haut sur la dune. L'oyat bordait les chemins tout en assurant leur résistance sous les pas de l'hardi marcheur. Une ombre furtive se dessina en contrebas... puis, soudain, la carte du Valais d'un bleu émeraude se dessina sous mes yeux au coeur de la vallée. De ce coin de Tessin d'où j'avais en un instant été transportée pour observer mon pays sous cette angle, la vue y était sans conteste la plus belle! D'ailleurs, les gens se pressaient à la frontière, mais l'accès n'en est permis qu'aux bienheureux.

Dans le lointain, la digue des lagons serpentait, offrant jusqu'au bout de la jetée une promenade solitaire à un couple d'amoureux. De notre point de vue, 2'500 mètres au-dessus du niveau de la mer, le lointain paysage de terre ocre sur fond de glacier se déroulait à perte de vue...

Mes pas longèrent une mare, le ciel s'y miroitait, et poursuivirent leur chemin, lentement, longuement.

Au couchant, des pêcheurs veillaient encore. Leurs ombres s'allongeaient sur la côte, tandis que les derniers rayons du soleil s'abreuvaient d'eau. Le ponton battu par les vents et les flots rivalisait de couleur avec la végétation chatoyante qui le bordait. L'horizon s'effaça dans un dernier embrasement, un souffle.

La tempête s'était calmée, la sérénité retrouvée. Dans la profondeur de la nuit se humait comme un air d'Haut Séan.


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Un air d'océan