L'hiver ayant viré en une seule nuit, la neige qui a commencé à s'amonceler depuis ce jour-là l'a été sur un terrain qui n'avait pas encore eu le temps de refroidir. Et dire qu'elle s'est amoncelée relève du pur euphémisme puisque nous en avons eu en abondance, en ce début de saison! Si bien, rappelez-vous, qu'il a fallu utiliser les grands moyens pour la traverser.

Or, assez tôt, dès janvier, je crois, et jusque sur/dans les plus petites surfaces de prés lisses ou de talus, nous vîmes apparaître des cassures dans la neige. Il fallait se dépêcher de traverser certains chemins, ce à quoi nous prêtons plutôt attention en mars, d'habitude.

En altitude le long de nombreuses pentes et partout dans les Alpes [parce que je vous ai un temps quittés pour aller voir ailleurs et que j'ai vu que c'était même parfois plus imposant là-bas], ces langues de neige se décrochaient pour glisser vers l'aval, par reptation.

Perdue dans mes pensées en débouchant de la forêt, je n'avais prêté qu'une attention absente au chemin qui serpentait. Le connaissant et mon but étant juste derrière la butte [scusez pour le sens inné des jeux de mots], j'étais ailleurs. C'est pourquoi ce trou béant a d'abord distraitement attiré mon regard. Image qui slaloma lentement parmi mes neurones en activité [forcément]. Quand, enfin, elle tomba dans le bon tiroir, mes pas s’interrompirent net et s'en retournèrent pour observer. Sous cette avancée de neige, se cachait bel et bien une cavité d'où tentait, avec l'énergie du désespoir, de s'extraire un piquet de clôture. Derrière, la végétations plaquée au sol, reste de la belle saison précédente. Mon regard se porta ensuite quelques mètres plus haut. Un tronc de bouleau scié pour offrir le passage tentait de garder son équilibre tandis que le suivant, plaqué au sol, se devinait déraciné. A proximité immédiate de ces mâts recourbés, les mêmes cavités profondes.

Ce sont ces obstacles - piquets ou arbustes - qui ont retenu la neige qu'elle ne s'ébroue franchement sur le chemin sous forme de coulée, plissant la masse en suspens, prisonnière entre pression et obstacle, entre sol et ciel.

Levez la tête et vous voyez parfaitement d'où elle s'est décrochée. Explications en images:

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Les dents de la montagne