Anniviers est la 4ème plus grande commune de Suisse. Elle a peu d'habitants, mais un immense territoire à gérer. Ce territoire est soumis à une carte des dangers importante et doit assurer la sécurité des biens comme des personnes, ce qui est le rôle d'une commune, sur la base de normes, de procédures et de subventions édictées par l'Etat.

Les dangers qui menacent un territoire peuvent être des avalanches, des chutes de glace ou de séracs (glaciers), des éboulements, des laves torrentielles, des glissements, des effondrements ou des glissements.

Les avalanches sont ici un mal fréquent, dont les zones potentiellement dévastables sont catégorisées en 3: rouge, bleue, jaune, définies selon l'occurrence [la fréquence de l'avalanche sur une échelle de 300 ans] et l'intensité [évaluée en kN ou kilo Newton]:

Zone rouge:

  • une avalanche peut exercer une pression de 30 kN ou plus et sa probabilité de "rechute" remonte jusqu'à 300 ans
  • une avalanche exerçant une pression plus faible mais avec un taux de retour inférieur ou égal à 30 ans

Zone bleue:

  • des normes inférieures à 30 kN allant jusqu'à 3 kN ou inférieures à 300 ou 30 ans selon l'échelle ci-dessus. Pas envie de tester quand même...

Zone jaune:

  • inférieure à 3 kN dont la périodicité est de plus de 30 ans
  • peuvent être atteintes par certaines avalanches coulantes extrêmement rares

Y a aussi une zone blanche dont on annonce le non-danger de la sorte: pour autant que l'on puisse en juger, l'action d'avalanches n'est pas à craindre. Joliment formulé, n'est-ce pas?

Avalanches de surfaces ou de fond, poudreuse ou de printemps [coulante], linéaire ou ponctuelle, plate ou de couloir, etc. à chacune son "caractère" en fonction de la topologie du terrain et/ou des conditions climatiques de l'instant.

Dans un monde idéale, à danger naturel, protection naturelle telles les forêts. Mais, bien évidemment, cela ne suffit pas en toute circonstance et l'on a déjà vu des villages entiers se faire engloutir malgré la sagesse des anciens. En Anniviers aussi, nous l'avons déjà évoqué sur ces pages [Morachyz].

A danger naturel s'opposent surtout nombre d'ouvrages de protection. Cela se perçoit assez tôt sur notre route d'accès. Solides filets d'acier, imposants conglomérats de terre formant de super digues [d'arrêt ou de déviation comme à Zinal et Grimentz], et plus haut sur la montagne des panneaux à vent [vire-vent] ou gazex pour le déclenchement des plaques, auxquels on ajoute des mesures de contrôle comme des capteurs permanents de terrain.

Or, ce n'est pas parce que ces ouvrages ont été édifiés que la carte des dangers est reclassée. Sauf dans certains contextes. Un ouvrage paravalanche influe sur la carte préétablie, certes, en réduisant l'occurrence potentielle, mais pas son intensité qui n'est jamais prévisible. De plus, un ouvrage peut avoir une durée de vie déterminée.

Le règlement de construction et des zones de nos villages se base bien sûr sur la carte des dangers. Inutile de vouloir construire en zone rouge aujourd'hui et, si une construction y est déjà établie, il s'agit rarement d'une habitation, plus facilement d'un local d'agriculture ou d'industrie, non occupé en période hivernale. Et si une résidence d'habitation est sise en zone bleue ou jaune, mais dont l'accès traverse une zone rouge, elle est alors considérée comme étant en zone rouge. Étonnant, hein?!

Plus étonnant encore fut la carte des dangers du village de Zinal [Zinal, dérivé patoisant du mot "chenal"], en tête de billet. Seul, le centre du village n'est pas situé en zone avalanche. Or, et c'est là une des exceptions si j'ai bien écouté, les ouvrages sur-dimensionnés qui protègent l'endroit permettent aux habitations du village de passer en zone bleue.

La route d'accès, elle aussi protégée par plusieurs et imposantes digues [après Mission, après Ayer, à Mottec, etc.], a néanmoins longtemps été fermée ce week-end, coupant ses habitants du reste du monde. Ce n'est pas une première et cela se reproduira à l'avenir.

Il faut dire que nous avons réceptionné bien plus d'un mètre de neige en 2-3 jours entre jeudi et samedi. A ce propos, l'immoblog s'est régalé pour trottiner dans le secteur, appareil au poing. Mais ceci est une autre histoire que je me réjouis de partager avec vous ces prochains jours...


Parmi d'autres, une source très intéressante à propos des avalanches: Fascicule Lutte contre les avalanches en Valais.