Remarquez, j'aurais pu répondre à votre commentaire de façon privée et y aller de but en blanc, puisque vous avez eu l'amabilité de me faire connaître l'adresse de retour. Je tiens correspondance depuis longtemps avec des personnes qui se cachent pour moi dans l'ombre d'une chinoise [appréciez la tournure :framboise: ], dont je connais pourtant certaines manies et quelques reflets de leur âme.

Dans la rue, je les - je vous - croiserai sans même m'en douter.

La quête de l'identité a de fascinant sa part de mystère. Elle est omniprésente sur ces pages, bien qu'elle n'ait rien de scientifique ni de calculé, juste empreinte d'empirisme et du curiosité. Elle fait plutôt référence à une région, celle que vous aimez, et à ses habitants, ceux qui, parfois, vous honnissez. En l'explorant peu à peu sous un angle ou un autre, un voile se lève. Parfois aussi il retombe, plus épais, pour replonger dans le mystère. Personne n'a la science infuse. Ce qui, par ailleurs, nous laisse la porte ouverte pour des discussions ultérieures.

Parmi mes correspondants, il y a le marcheur philosophe, l'amateur de bons cigares, l'ingénieur amoureux des chats, l'équilibriste à la retraite, le fils de l'écrivain, le boulimique de vieux clichés. L'histoire, les archives, la photographie, la littérature constituent les noeuds de nos échanges. Avec certains, nous procédons même à des envois réels de documents. Poste aller, poste retour, l'écriture manuscrite d'une adresse sur une étiquette. Et ma réponse en image, un peu facétieuse je l'avoue. :twisted:

A ceux-là, s'ajoutent la jolie matelote sur les flots, la voyageuse sud-américaine au long cours, la copine d'école de ma mère, la vieille dame aux petits messages courts mais si perspicaces, le jeune père de famille alsacien. D'autres encore. Le hasard a voulu de ma présence le jour où ils ont poussé la porte de l'agence. Contrairement à l'un ou l'autre parmi les précédents. Pourquoi m'a-t-il été donné de rencontrer plutôt les dames et pas les messieurs? Un autre mystère sans réponse.

Non, de façon générale, cela ne me perturbe pas de ne pas vous connaître dans la réalité. Un jour oui, mais quand il viendra, de lui-même. Laisser la place à l'imaginaire, à l'idéal peut-être?, se concentrer sur l'essentiel dans l'échange recèle un charme bien plus infini, maintient des portes ouvertes. A écrire un roman, il serait aujourd'hui temps de se retirer pour mettre en scène cette galerie de personnages qui gravite dans un sphère située quelque part pas si loin de la réalité et pourtant si abstraite.

Puis soudain, voilà qu'on me tape sur l'épaule et qu'on se présente, toujours lorsqu'on s'y attend le moins, bien sûr. L'amicale chaleur de la rencontre balaye alors tout, l'enthousiasme d'une nouvelle page à écrire, différemment. Quelques échanges vifs et joyeux, des discussions qui se prolongent parfois, et on se quitte sur un "au revoir", heureux de s'être trouvés, maintenant que le lien est noué certains de se rencontrer encore sous peu.

Il y a aussi tous ceux que je connais, beaucoup depuis toujours. Mais là, ça devient un peu plus compliqué à tout évoquer...!

Cher Shaul, si vous me croisez, faites-moi signe, tapez-moi sur l'épaule. On verra bien si ce sera en décembre. Et si, alors, vous avez des préférences plus traditionnelles en matière de lieu de rencontre pour la cup of tea, y a pas de souçaï! Okay? ;-)