Jeudi 13 octobre dernier, le clocher de midi animait soudain une ruelle du vieux village qui ne l'était pas moins. Une flopée de villageois, en moyenne plutôt âgée dans les chiffres, mais pas dans l'entrain affiché, ainsi que tous ceux qui contribuaient à la journée, se trouvait là à prendre l'apéro. Il faut dire que nous avons ici l'habitude de servir des verres à même la rue dans la zone située entre la bourgeoisie et la place du Coher.

Cette journée était placée sous le signe de la journée des aînés qui se retrouvent une fois l'an. Initiée conjointement par la bourgeoisie sous l'égide de la commune [l'ancienne, celle de Grimentz], elle est aujourd'hui organisée de concert avec la société du village. D'ailleurs, elle n'a toujours pas pris une ride, sourit le président de la bourgeoisie Jacques Vouardoux.

C'était l'occasion de réaliser une promesse scellée entre le président et un autre, le Conseiller d'Etat et Président du Gouvernement valaisan Jacques Melly, aux origines anniviardes de la rive d'en face, comme le laisse tout naturellement supposer son nom [c'est clair pour tout le monde, n'est-ce pas...?].

Suite au passage du grand Conseiller Fédéral Pascal Couchepin dans notre village, il y a 3 ans déjà, l'idée mûrissait de dédier un tonneau, tel celui de l'Evêque à l'état. Attends que je sois président, et je viendrai volontiers lors d’une journée officielle, glissa Jacques à Jacques.

C'est désormais chose faite et la cave de la bourgeoisie de Grimentz s’enorgueillit [okay... il n'en fallait pas tant...] d'un tonneau dédié à l'Eglise à côté duquel trône aujourd'hui son voisin, offert au Gouvernement.

Jacques Melly a, lui, jugé l'idée excellente. Cela ne lui déplaît pas de se retrouver le Diogène anniviard. La démarche est par ailleurs originale et seuls les anniviards avaient pu l'imaginer. D'ailleurs, ne fallait-il pas une certaine audace pour mettre le Conseil d'état en tonneau alors que notre destin est plutôt dans les urnes? Plus sérieusement, le tonneau est un symbole extrêmement fort à ses yeux, il est la mémoire des générations passées, le vin d'origine qui perd ses qualités premières auquel est ajouté le vin nouveau, telles des idées nouvelles, des forces vives, qui le régénèrent et lui redonnent sa vigueur, tandis que l'ancien met son expérience au service du vin ajouté. Le tonneau est porteur de traditions dans le souci du bien commun, il permet d'oser la confrontation intergénérationnelle, de s'ouvrir aux valeurs nouvelles. L'histoire, l'action collective, ajoute-t-il encore, n'est pas une science exacte, mais le fruit de la passion, de la confiance.

Un baptême du tonneau coriace, le Jacques Melly a eu fort à faire pour y parvenir, il a dû s'y reprendre à plusieurs reprises.


Le tonneau inauguré et béni par notre curé Luc Devanthéry en ce jeudi 13 octobre 2011 est un fût du XVII siècle, d'ailleurs le plus ancien de la cave. Il a été taillé à la hache alors que les autres ont été scié et sa portette est en bois, pas en métal.

La rèze était autrefois le cépage qui constituait le Vin des Glaciers, un vin pour lequel une demande d'AOC avait été déposée avec pour conditions de mûrir au-dessus de 1'200 mètres et - sacrilège! - de ne pas être mis en bouteille.

Leurs vignes sont constituées par un vieux plant « la Rèze » donnant un vin acide, qui s'améliore en vieillissant, surtout si on le transporte en montagne. On le conserve dans des tonneaux de bois de mélèze, on ne les lave jamais afin de conserver le tartre qui se dépose sur les parois. Cette matière, ainsi que les résines du bois de mélèze donnent au vin un fumet unique en son genre. On lui donne le nom de vin du glacier pour signifier qu'on l'a transporté dans la montagne.

[Ignace Mariétan, La maison bourgeoisiale de Grimentz, 1948]

Puis le phylloxéra eut raison de ce cépage. On poursuivit avec de l'ermitage. Réimplanté en 2002, un parchet de rèze fut récolté en 2005 pour remplir notre tonneau du Conseil d'Etat en 2008, explique toujours le président de la bourgeoisie Jacques Vouardoux.

C'est ainsi que les édiles de notre bourgeoisie formulent l'espoir que ce vin devienne un Glacier autant réputé que ses prédécesseurs et que son tonneau rentre dans l’Histoire, avec un grand H de la bourgeoisie de Grimentz.

Voilà, la prochaine journée des aînés, pour certaines raisons évidentes, ne s'écrira sur ces pages que dans une vingtaine d'années :mrgreen:

A sa façon, l'immoblog - ou plutôt Nicole - reviendra sur le sujet de manière plus détaillée. A bientôt!