A la façon dont a été porté à l'écran le reportage de la tsr [v. ci-dessous], il est certain qu'on a tout faux. Une dame prise au hasard de la ruelle du vieux village, une photo du projet exhibée sans autre forme de procès ni, surtout, d'explication quant à son intégration sur site, le résultat était couru d'avance: Ugly! Et les commentaires de tous les romands qui ont vu ces images et qui connaissent notre village tant réputé pour son cachet d'affluer de tous côtés. Bon, et pis aussi les indigènes mais pour d'autres raisons... :twisted:

Messieurs, Dames, si vous avez meilleure initiative pour nous permettre de vivre dans notre vallée sans y toucher, nous sommes tous preneurs! Notez que c'est grâce à ses résidences secondaires dont vous avez fait l'acquisition que j'ai moi-même pu revenir au village [activité professionnelle] et que s'écrivent les pages de l'immoblog dont vous êtes entrain de lire les lignes. On n'a rien sans rien,  mais, dans ce contexte et malgré les apparences scandaleuses de ce projet, la réalité s'intègre mieux dans le décor si on se donne la peine d'analyser un tantinet la chose. Voyons cela.

Ce fameux jour de la première pierre, il y eut 3 intervenants. Gérard Genoud, conseiller communal d'Anniviers depuis notre fusion, pour évoquer la construction des hôtels dans le temps passé et souligner que Construire un hôtel c’est facile, maintenir ouvert, ça l’est beaucoup moins. Le problème n'est pas nouveau: en 1962 par exemple, les grands hôtels Durand et des Diablons n'ont pas trouvé les moyens nécessaires pour se rénover [1960-2010 Histoire des Remontées Mécaniques S.A. de Zinal, p. 15, Jean-Louis Claude] alors que le village se fixait l'ambitieux objectif de devenir station d'hiver. Que se serait-il alors passé si le Club Méditerranéenne n'y avait alors déposé ses bagages à Zinal alors pour devenir celle que l'on connait à ce jour?

Nous sommes aujourd'hui clairement à un autre tournant. D'autant, comme l'affirmait Simon Wiget, directeur d'Anniviers Tourisme quelques instants plus tard, que c’est un bénéfice pour notre tourisme, pour les générations futures. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce au dynamisme actuel, mais surtout grâce à l’audace et au dynamisme des personnes qui ont su développer le tourisme en Anniviers, même à des moments où ce n’était pas extrêmement facile. Donc, continuons avec cet état d’esprit dynamique et novateur pour que nos enfants puissent dans le futur profiter de cette belle vallée et y vivre. Sortez vos mouchoirs si l'ironie vous l'impose, mais voici bien la similitude qui lie 1890, 1964 ou 2011 dans les annales de notre vallée.

En gros, l'hôtellerie vit ici des heures difficiles, souligne Gérard Genoud. Elle est largement minoritaire en termes de nuitées puisque les nuitées parahôtellières se montent à 84%. Elle génère un tourisme différente et complémentaire. Ici, pas de vision de luxe, pas de 5*, nous n'en avons pas le profil, mais ce type d'hébergement 4* vise un tourisme qualitatif [encart juste ci-dessous du 23.09 dernier dans le NF] qui cadre parfaitement avec les objectifs touristiques de notre destination. Ajoutez à cela le projet de liaison Grimentz-Zinal ou celui des Bains dont chacun se demande ce dont il advient [on nous a promis un avancement pour l'automne...] et notre évolution touristique de continuer son petit bonhomme de chemin.

L'architecte luxembougeois, Paul Fritsch, d'amorcer son discours par un très cérémoniel Votre altesse, monsieur le ministre, monsieur le président… que l'on tentait vainement de discerner dans la foule des anonymes qui jouxtait nos personnages locaux, ceux dont le veston tombait sur l'épaule, peu habitués à un soleil aussi radieux et des températures si clémentes en cette période de l'année. Le défi hors-norme avoué de l'architecte: dénoter avec le caractère traditionnel des lieux, mais s’intégrer parfaitement à la montagne et au site environnant. Environnant, pas du village, car jamais on aurait oser y faire une construction pareille. Avouez que ceci a le mérite de la clarté de la part d'un hôte résidant et propriétaire à Grimentz. L'idée lui est venue en observant - de son chalet? - le croisement des funi de St-Luc. 274 lits hôteliers et parahôteliers desservis par un parking soutterrain, une partie publique qui constitue le socle de l'hôtel, un funi intérieur pour distribuer dans les ailes des chambres et finalement aboutir au ski- et au sushi- bars.

Hors village, intégration parfaite dans le site? Le projet se construit sous le deuxième contour de la route menant au barrage de Moiry, derrière la forêt qui le sépare de la piste de ski de descente sur Grimentz et la télécabine. Nous en avions déjà longuement débattu à l'époque de l'acceptation [ancienne-] communale des Guernerés, une architecture de style grands chalets alpins aurait clairement percé derrière les arbres sans amener de plus value à notre paysage. La structure de type funiculaire n'a certes rien à voir avec ce qui peut se faire de manière "traditionnelle", mais elle a l'avantage de longer la pente et de suivre l'orée de la forêt. On ne verra par conséquent même pas [on vérifiera] l'édifice depuis le vieux village. Alors, on continue à jouer les oies effarouchées en criant au scandale? J'ai oublié de faire un crocher hier sur Ayer pour voir ce qu'on y décèle du trou béant actuel. Il est en tout cas bien caché au fond du village, même si l'écho du vrombissement des machines se répand largement lorsqu'elles tournent à plein régime et que la poussière qu'elles dégagent est visible comme celle d'une comète dans la nuit.

Il est vrai que l'image nous semble pour l'heure à tous surréalistes. On découvrira tout cela dans 2 ans. Qui pour le sushi bar avec moi le jour de l'ouverture des locaux???

Voici donc tout ce qui a paru dans les médias sur le sujet ces derniers jours:

Article dans Bilan

Article du nf

Compte-rendu de Rhône-FM

Reportage canal9

Celui, si critiquable de la tsr:

Notez que nous ne sommes pas les seuls confrontés aux projets de la démesure. Voici celui qui défraie la chronique de Crans-Montana ces jours.

Voilà. Il a un petit peu été pris parti dans ce billet, reconnaissons-le. Mais ceci est gérable car votre droit de réponse et/ou de critique vous est entièrement acquis en commentaire ci-dessous. Allez-y, n'hésitez pas à secouer le cocotier, on vous lira avec intérêt et réflexion car seul l'avenir nous dira qui aura eu raison!

Le mot de la fin à Simon Wiget: Nous avons plusieurs beaux projets en Anniviers pour contrecarrer les crises dont on parle sans cesse: la liaison Grimentz-Zinal, cet hôtel, le Hameau des Bains, d'autres qui se développent petit à petit. Il est important de profiter de ce dynamisme pour être prêts lorsque l’économie repartira pour accueillir des hôtes de tous les continents qui pourront profiter de la beauté de notre paysage et de l’accueil en Anniviers.