Dans mon village, les raccards se trouvaient dans la région de la Goletta, à l'entrée, m'informait un jour de recherche l'ancêtre bientôt retraité de ma famille, le long du premier chemin d'accès muletier. Ceci pour des raisons tout à fait prosaïques de distance par rapport aux champs et de transport.

Le raccard, qui repose sur des quilles (supports en bois surmontés d'une grande dalle de pierre), sert à entreposer et traiter les céréales. Le blé et le seigle y sont acheminés et les gerbes sont stockées à l'intérieur de l'édifice ou suspendues aux galeries en bois pour mûrir. Au centre du raccard se trouve une aire de battage; les céréales sont battues sur le sol à l'aide d'un fléau ou d'un épais morceau de bois. Afin de ne pas perdre de grains, le sol de l'aire de battage est constitué d'épais plateaux ou madriers de bois assemblés de manière étanche, tenons et mortaises, et se termine, de chaque côté, par un rebord plus haut. Ces rebords, visibles à l'extérieur du bâtiment, sur le seuil de la porte d'entrée, sont particuliers au raccard et le différencient des autres ruraux.

L'aire de battage se prolonge à l'extérieur du raccard pour en constituer le seuil.

A la différence du grenier, le raccard est constitué de madriers non équarris permettant la ventilation des céréales. Ce type de bâtiment est caractéristique du Valais et mérite une attention particulière.

- Mutations du bâti de la vie rurale, Patrimoine Suisse, section Valais Romand, Mengis Viège, novembre 2009. Publication allemande en pdf.

Ces raccards se partageaient-ils dès lors à plusieurs familles au même titre que le mulet et/ou, à tour, comme le four banal pour remplir son office?

Sur cette illustration, les instruments servant à battre le blé, deux fléaux et ???...

On donne aussi du quillet à l'élément en bois vertical qui soutien la bâtisse sous la dalle de pierre. Il y a aussi pilier ou pilotis. Le raccard n'a en principe qu'une seule entrée. Par ailleurs, un raccard ne possédait à priori pas de système de verrouillage sophistiqué. A celui que l'immoblog vous donne en illustration dans la galerie-photos s'ajoute un étage inférieur qui servait d'écurie pour le bétail, qui peut l'être en guise de remise pour les outils de travail. Aujourd'hui, on le transformerait volontiers en cave/carnotzet, n'est-ce pas? ;-)

Le propriétaire de ce raccard m'explique que celui-ci possède en effet une aire centrale de battage d'environ 2 m2 et dont les poutres de séparation s'élèvent à une vingtaine de centimètres du sol. Il existe par ailleurs un étage supérieur qui court sur la moitié de l'édifice, une sorte de galerie ouverte. Il n'en sait pas plus quant à l'utilisation exacte de ces espaces car l'acquisition du bien a été effectuée dans les années septante. On ne battait plus les céréales, à cette époque.

Il y a une dizaine d'années à Vissoie, Michel Savioz, nous raconte avoir affiché un petit explicatif sur un raccard environnant car des touristes lui demandaient parfois à quoi pouvaient bien servir ce type d'édifice. Dans son descriptif en annexe de billet, il utilise les termes de pilets et de palets, sans avoir pourtant pu en vérifier l'origine. Peut-être hérensards? Il est vrai qu'ici je n'ai jamais entendu ces mots mais à vrai dire, on ne les nomme même  pas, ou alors en patois? ... ajoute-t-il en clôturant son message.

Le dictionnaire des termes régionaux de Suisse Romande et Haute-Savoie en parle de cette façon:

Raccard [n. m.]
Valais : construction en bois servant à entreposer les gerbes de céréales, avec une aire pour battre le blé et vanner, et une base en pierre servant d´étable pour le menu bétail ou de cave à provisions. Ancienne orthographe rascart, rascardum, patois valaisan racca.
Le raccard, c´était le grenier de nos ancêtres qui y entreposaient le blé, la viande séchée, le lard et saucisses. Faits de planches de mélèze et montés sur 4 piliers, ils étaient posés sur de grandes plaques circulaires qui empêchaient les rongeurs d´y avoir accès. Aujourd´hui on les achète pour les rénover et même parfois pour les démonter et les remonter sur un autre site. (Sur la Toile).
En hiver, dans l´aire du raccard, la cadence appliquée des fléaux s´entendait à la ronde. (Sur la Toile).

Entreposait-on vraiment des aliments dans un raccard? Profitait-on, sous toit, de ces poutres mal équarries pour y faire sécher la viande, le lard et les saucisses? Ou ne servait-il que dans le but de faire murir et de battre le blé? Comment un raccard se différencie-t-il véritablement d'un grenier?

C'est ce que nous trancherons dans un prochain billet. Entre-temps, ne vous gênez pas, si vous avez des compléments au sujet du raccard seul, partagez-les!


Voici une autre définition que l'on laisse à votre appréciation.

Il y a quelques années de cela sur le forum de Lens, une discussion sur la thématique du raccard s'est engagée que je viens de découvrir en me rappelant une conversation e-mail de l'année dernière. A priori, la définition se tient par rapport à cette discussion. A un détail près:


CQFD!


NB. Je me rappelle clairement avoir vu une vidéo antique montrant des hommes de main à l'oeuvre pour battre le blé dans un raccard. Si vous retrouvez ce document, faites-moi signe pour l'intégrer en complément à ce billet...