Il est des petites mains qui, dès l'an 1956 de notre ère, relèvent chaque matin entre 7 et 8 heures toute une série de mesures et d'observations.

En 1956, Roger Massy, secondé à l'occasion par sa femme Delphine, débutait son office pour de longues et minutieuses années. Roger, puis Delphine, s'en sont allés chacun à leur tour rejoindre les cieux qu'ils épiaient à chaque réveil. Depuis 1973, c'est leur fils Paulon qui tient avec la même rigueur les cadastres des nuages.

A l'aide d'un jalon placé dans un carré de pré à l'arrière de sa résidence, il mesure officiellement du 1er novembre au 1er mai la hauteur de la neige. Sur son balcon, facing south, il utilise une planche qui lui sert à mesurer la hauteur de neige tombée depuis la veille, qu'il débarrasse sitôt après, et un cylindre qui lui permettra de comptabiliser par une pesée la teneur en eau des précipitations.

En plus de ces données techniques additionnées chaque matin, il transmet ses observations liées aux avalanches, leur nombre, leur localisation, les altitudes ou la qualité du manteau neigeux. Autant dire que ces jours, elles l'occupent bien.

L'estimation humaine visuelle du danger d'avalanches est complétée par les mesures de 3 sondes:



  • une sonde automatique à Orzival pour la neige [photo ci-dessous]
  • une sonde à Tracuit, sur Zinal
  • une sonde-anémomètre à Sorebois, Zinal aussi

Toutes ces données servent à l'institut SLF [info neige et avalanches] du Weissfrühjoch de Davos dans le but de cartographier toutes les informations liées à la neige et aux bulletins d'avalanches. Voici, par exemple, sa fameuse carte des dangers, celle que tout bon sportif qui se décide à sortir des sentiers battus se doit de consulter.

Paulon est le seul Anniviard à pratiquer cette activité, mais pas le seul Valaisan. D'ailleurs, tous [haut et bas] se retrouvent chaque année pour une formation d'une semaine à fin avril, ce qui leur permet d'échanger leurs expériences, mais aussi de se familiariser avec les nouvelles méthodes ou instruments, de recevoir nouvelles et instructions, etc. Son frère Kikiney sera de la partie, cette fois-ci.

Pour la petite histoire

Paulon transmet ses données quotidiennes par e-mail à l'institut. Logique, non? Savez-vous seulement comment son père Roger effectuait l'opération, chaque matin?

Cherchez un peu... en y réfléchissant la moindre, vous pouvez y arrivez!

Vendredi le 27 mars dernier, nous en étions à un total de 4 mètres 24 pour cet hiver. La fameuse année 1999, qui a vu une partie de notre village détruit par les crues printanières, en a vu tomber 4 mètres 61. Mais il avait ensuite énormément plu. Pour l'instant, nous n'avons donc rien à craindre. Enfin... ici car il est fort intéressant d'observer la situation dans le reste de la Suisse [ou reste de la Suisse] pour bien comprendre la complexité du problème. A écouter aussi, les éclairages [éclairages] d'un climatologue et son étude d'impact sur nos régions de montagnes.

L'autre année marquante

1963-1964, en tout et pour tout 67 centimètres de neige!

Cette année-là se déroulaient à Grimentz les championnats valaisans de ski de fond, organisés par notre ski-club. Pas un "tchèpe" de neige pour préparer le parcours. L'entreprise de camion de Robert et Norbert Salamin/Massy est entrée en pleine action afin d'aller chercher la couche nécessaire à Morette.

Le vainqueur - et ça, nombre de grimentzards ont bien l'air de s'en rappeler - fut le haut-valaisan Konrad Hischier d'Obergoms.

Il est un instrument dont se sert encore Paulon et dont il n'a pas été question ici. Une affaire à suivre ces jours!

Vous l'aurez observé, maintenant que nous avons franchi sans retour possible les portes du printemps, nous nous sommes risqués à faire la nique à la neige. Mais peut-être aurons-nous encore l'heur d'atteindre les 5 mètres d'ici à la fin du mois? On n'est jamais sûr de rien à nos altitudes!

Voici le récapitulatif des mètres de neige tombés dans notre vallée depuis 1956.

Bien à vous,
Le Printemps