Pour l'immoblog, Jean Vouardoux c'est surtout l'oncle Jean car de parenté directe sous cette forme du côté maternel. Impossible de lui ôter cette particule tant elle semble incrustée pour l'immoblog.

L'oncle Jean, donc, est né un beau jour de décembre 1932. Il est arrivé comme un cadeau 5 jours avant Noël en bon dixième (entre 1917 et 1932, il y a en effet eu Aurélia, Vital, René - grand-père maternel, Aurel, Rémy, Léon, Irène, 2x Elise et Jean). A Grimentz, bien sûr, pas à la clinique, ni à l'hôpital universitaire...

Originaire de St-Jean d'abord, la famille Vouardoux avait "reconnu" la bourgeoisie de Grimentz en 1908 et donc pleinement pris part à la vie du village, notion fondamentale dans la vie de l'oncle Jean. En 1960, les descendants des Vouardoux formaient, selon les marques de famille en vigueur à cette époque, la 3ème plus importante famille après les Salamin et les Epiney.

A 23 ans et en plein été, Jean a épousé Denise Epiney d'Ayer. De ce jour-là, l'oncle Jean se rappelle fort bien du déroulement simple des festivités, de la messe, puis du repas à la bourgeoisie, évidemment. Pour l'occasion, on a fait ripaille avec viande séchée et raclette (on ne serait pas en Valais, sinon!), mais surtout avec des gâteaux commandés à Sierre dans des moules en carton.

Le lendemain, sa jeune femme fraîchement installée à la maison, il a repris la route du barrage pour le travail.

Pas de voyage de noces, donc. Mais ceci ne les a pas empêchés de bien vivre et de fonder une famille digne de ce nom. Dans les années qui suivirent sont arrivés Louisa, Jacky, Christian, Patrice et Chantal.

Bien avant de devenir un célèbre homme de télé (en référence à l'émission belge, dernière en date, en deux volets sur le Valais central "Escapades gourmandes" dans laquelle notre ami figurait en bonne place et eut le mot de la fin), l'oncle Jean travaillait sur les chantiers de barrage. En 1953, il a passé son permis de poids lourds et conduisait dès lors un Euclid Dumper aux roues immenses qui, aujourd'hui, feraient bien rire un américain. C'est ainsi qu'il a sillonné bien des régions et travaillé à Oberwald, Mauvoisin, Vallorbe ou Moiry pour assurer le transport du ciment.

De cette époque fort éloignée, Jean nous relate volontiers, sous couvert de discrétion, des anecdotes mettant en scène des unimog (véhicule militaire si connu dans le paysage suisse) et des frayeurs dont ses collègues se seraient bien passées. Les souvenirs faisaient briller ses yeux, mais tous n'ont pas leur place dans un si court récit.

En mars 1959, Jean est devenu chauffeur du car des employés de l'usine de Chippis, à l'époque AIAG, plus connue sous le nom d'Alusuisse ensuite et aujourd'hui Alcan - Novelis et même Alcoa, suivant la spécialité du secteur. L'usine était une institution économique dans le Valais central et faisait vivre nombre de familles, dont beaucoup beaucoup d'émigrés italiens. Papa Jean pose fièrement avec Louisa devant son car du transport des ouvriers à l'alpage de Moiry en 1960 sur la photo.

C'est en 1993 que le bus des ouvriers cessa son - ce qu'on croyait pourtant être incessant - va-et-vient, puis vint le tour de Jean, première fournée d'une longue, bien longue série de victimes des remaniements économiques qui ont fait les choux gras de l'actualité valaisanne. Sa mise à la retraite anticipée 4 ans avant la fin logique de ses activités professionnelles a été vécue comme un sacrifice.

L'oncle Jean à Grimentz, on le croirait doué du don d'ubiquité.

Depuis toujours, il n'a de cesse d'investir son entrain pour la vie communautaire du lieu. Et pour cause! En 1950, il entrait au comité des sociétés, il a aussi fait partie du ski club entre 50 et 60, de la cible entre 60 et 69, du conseil de la bourgeoisie de 60 à 80, puis du tir de 64 à 87. Le chant l'occupe aussi depuis, tenez-vous bien, 1948! A côté, il restait même encore de la place pour la chapelle du Carovilla et la paroisse, bien sûr.

On est presque content d'arriver en fin de liste car on en perd le souffle.

Quand l'oncle Jean se prend à regretter la vie communautaire en ces termes, on conçoit aisément la réflexion au vu de sa propre implication quand on lui demande son avis sur l'évolution actuelle du village:
ça va trop loin. On se ruine et on ne garde plus rien pour les gens de l'endroit. On accapare le maximum et il n'y aura plus rien pour la suite. Dans 20 ans, les gens devront partir car la vie sera devenue trop chère. Nous (ndlr. les anciens) on n'arrive plus à suivre, on n'est plus dans la course et on est étonnés de voir toutes les constructions.

Les gens sont aujourd'hui préoccupés par eux-mêmes et pas sentimentalement. Et comme il n'y a plus de religion, il n'y a plus de vie de village. On ne se retrouve plus comme à l'église, on ne se reconnaît donc plus. Dans les fêtes non plus. Le village n'est plus groupé, mais espacé et il est dommage de ne plus pouvoir se reconnaître. Il y a aussi plus d'étrangers.
A ces dires, s'ajoute une réflexion qui tourne autour de nos sociétés locales, piliers de la communauté et de la vie touristique, de leurs créations et de leurs problèmes de subsistance au jour d'aujourd'hui. C'est comme si notre vie communautaire roulait dans une belle voiture, soit, mais dont il manque la roue de secours.

A l'époque, se rappelle l'oncle Jean, les familles ne possédaient pas grand-chose, et surtout pas de beaucoup d'argent. La vie lui paraissait donc plus chère que maintenant, mais il y avait tant de solutions pour y remédier passant par la débrouillardise ou par l'entraide, par exemple.

Sa vie vouée à celle du village nous permet de bien concevoir le ton dubitatif de ses réflexions, mais elles n'entament en rien son énergie personnelle puisque Jean fait sans arrêt, et au grand dam de sa femme Denise qui aimerait bien qu'il se repose parfois, le chemin de la bourgeoisie. En 1994 déjà, il a repris la succession de René (un oncle aussi, le mari d'Aurélia, première soeur de Jean) en tant que caviste, concierge et guide. A ce titre, il a accueilli l'année dernière 1'200 personnes! Et plus de 800 déjà à l'heure qu'il est.

Vous imaginez maintenant l'oncle Jean devant la télé, les pieds étendus sur la table du salon, un cocktail à la main???? Pas nous!

Dernière question posée à Jean Vouardoux: quelle est la prochaine personnalité du village que l'immoblog se doit de présenter? La réponse a fusé, immédiate: Marie de Gilbert!