12% du parc immobilier suisse est utilisé comme r2. 12% et notre ami Franz souhaite limiter à 20% par commune le taux de r2. Le problème? Ces r2 sont concentrées dans les zones touristiques alpines qui ne sont pas en mesure de diversifier leurs revenus économiques. Les régions de montagne voient ainsi ce % culminer, comme Anniviers à 70%, soit la tendance inverse. C'est une réalité. Que nous souhaitons prendre en main autant que Weber. Ceci résume aussi en gros les billets précédents.

Cette initiative crée un clivage montagne - ville, une sorte de Berg-/Stadt-graben pour varier le menu du Rösti [Röstigraben = fossé entre alémaniques et romands en CH].

Qu'est-ce qu'une résidence secondaire? Un étranger qui tombe amoureux de notre région et souhaite y passer ses vacances? Un Suisse de l'étranger qui garde un lien social avec sa commune d'origine? Un Suisse en Suisse qui travaille ou étudie en ville en semaine et rentre le week-end? Le petit Cornier propose la définition inverse de résidence principale: est acquise dès le moment où les personnes qui y habitent aient déposé leurs papiers sur la commune, la Confédération, presque par défaut en manque de précision utile, comme un logement habité temporairement? [Position du CF en 2008 en annexe de billet le Communiqué du CF de 2012]. Si l'initiative passe, il faudra donc commencer par définir... ce que souhaite l'initiative.

Yore, êtes-vous domiciliée à St-Luc? Sans doute pas malgré vos attaches.

Donc pas d'achat de terrain conseillé pour construire car vu le taux de r2 actuel, le contingent est épuisé pour des décennies. Vous ne pourrez pas y construire votre chalet tant rêvé. Tant pis pour ce beau lopin de terre depuis lequel vous pourrez toujours admirer la belle vue sur Grue... sur Grimentz. Essayez de le revendre pour vous en débarrasser, mais avec quel bénéfice?

Votre compagnon, lui, pourra revendre son chalet. Mais dans le seul but d'en faire une résidence principale. Le nouvel acquéreur devra être établi en Anniviers. Or, qui voudrait bien acheter un logement pour l'habiter alors que le village sombre, faute de revenus économiques stables? Son chalet perdrait peu à peu de sa valeur.

Il ne serait plus non plus possible pour un villageois de rénover un logement familial [par exemple celui de la maman qui vient de décéder] pour l'exploiter en r2 [ses filles se sont mariées en plaine, elles ont quitté le village]. Ne serait-ce que pour en faire un chalet de vacances pour sa famille. De là à le proposer en location touristique... l'initiative n'en offre pas la possibilité.

La réduction des activités économiques entrainerait la baisse des rentrées financières de la commune qui n'aurait d'autre choix que d'augmenter taxes et impôts pour entretenir une infrastructure importante [routes, conduites, etc.].

A mesure que les charges augmentent, les revenus baissent, tandis que dans d'autres communes, non ou moins touristiques, la demande augmenterait fortement créant le déséquilibre inverse de celui que nous subirions [j'opte pour le conditionnel]. Le château de carte s'effondre. Ceux qui le peuvent vendent encore, les terrains à perte, les autres s'enfuient pour trouver ailleurs leur gagne-pain.

En cas d'acceptation de l'initiative, il ne serait plus possible de rénover ou de transformer, à des fins de vacances, les logements devenus vacants suite à l'exode susmentionné, nous fait ironiquement remarquer la Confédération [en annexe].

C'est là où l'initiative est retord, ses conséquences vont à l'inverse de son propre objectif. Elle n'incite même pas à améliorer le taux d'occupation du bâti existant. Pire, elle déplace le problème ailleurs!

La région devient sinistrée, les cantons ruraux seraient à la charge citadins alors que nous avons tout en main aujourd'hui pour bien faire en prenant bonne note des erreurs du passé.

Bref. Le texte proposé recèle quelques problèmes d'interprétation, qu'il appartiendrait le cas échéant au législateur de résoudre: la définition de r2, les mesures déjà effectives de certaines communes, l'obligation pour les communes de publier annuellement et en détail les quotas de résidence principales [pour contrôler quoi de façon "démocratique" et pour quelle autorité de surveillance?], etc. Le concept de tracasseries administratives évoqué le petit Cornier est de toutes les moues.

Si l'initiative ne passe pas?

Nombre de communes n'ont même pas attendu pour se bouger [on le répète]. De plus, la loi révisée sur l’aménagement du territoire national oblige les cantons et les communes à prendre des mesures ciblées d’ici à 2014 pour limiter la construction mais aussi promouvoir l’hôtellerie [on y revient] et les résidences principales ou encore améliorer l’occupation des résidences secondaires. [cf. vidéo en lien plus haut]

L'exode et le déplacement de la demande touristique nous permettront d'évoquer la question du territoire. Elle est surprenant pour Anniviers. Dans UN prochain billet, mais sûrement pas pour LE prochain, promis!

Voici pour clore cette réflexion:

Le bédat est ouvert!