Ce vendredi 16 février à 14 h, un groupe de 5 skieurs accompagné d´un guide de haute montagne s´est engagé dans une pente nord du Roc d´Orzival (ndlr. à la pointe du triangle qui indique le sommet du Roc sur la carte illustrée). Une avalanche s´est déclenchée à 2800 mètres. Un skieur est décédé.


Le guide et 3 de ses clients avaient déjà effectué la traversée de la pente, ici, sur la partie supérieure gauche de l'image. La neige devait céder au 4ème passage, un homme d'une cinquantaine d'années tout juste. Il a été retrouvé sous plus d'1m80 de neige, mais nous pensons aussi que la chute l'a certainement fracassé sur le rocher situé sur le milieu de la pente. Son corps a été retrouvé bien plus bas.

D'où nous sommes, est-il possible de nous imaginer la terreur des compagnons qui se voient soudain projetés dans une cruelle réalité, inimaginable 30 secondes auparavant, impuissants, qui de la droite en contrebas, qui de la gauche avec vue dominante? Est-il possible de savoir ce qui traverse, ou non, l'esprit du guide, responsable du groupe et garant de leur sécurité? Ses gestes qui suivirent furent-ils mécaniques? Mus par l'instinct et le sens du devoir? A-t-il dû faire face à ses terreurs ou ne l'ont-elles saisi que bien plus tard?

D'où nous sommes, nous ne pouvons que nous représenter les instants éternels qui suivirent selon nos propres expériences, notre seule imagination, nos propres terreurs, mais certainement jamais l'atroce réalité à laquelle le guide et sa petite troupe devait si soudain faire face. Elle leur appartient, épiloguons.

Combien de temps a-t-il fallu aux vivants pour retrouver les restes de cet homme et est-ce que le guide même, muni de son appareil de détection, a été en mesure de le faire? Ces éléments feront peut-être partie de l'enquête - formule consacrée bis - mais il est sûr qu'une fois l'alerte donnée, la mobilisation a été rapide. Le personnel de sécurité des remontées a fait courant d'air sur les pistes, ce qui a fort surpris les touristes inconscients du drame qui se jouait sur l'autre versant de la montagne. Eux savaient! Mais il était déjà trop tard.

Personne ne jette la pierre au guide qui accompagnait le petit groupe. Il connaît parfaitement la région et a jugé les conditions acceptables tout en sachant qu'une garantie complète et totale est impossible. Ils ont joué. Perdu. Inacceptable reste par contre la couardise et le manque de courage de ces 3 jeunes qui ont fuit les lieux de leurs méfaits lorsqu'ils ont vu dévaler une autre avalanche à Verbier ce même jour.

Le guide a rencontré la famille, une famille atteinte, mais digne et honnête dans son malheur. Le moment a dû être poignant. En espérant que chacun se remette au mieux dans un avenir aussi proche que se peut de ses blessures...

Et que ce malheur cesse un jour de se répéter si inlassablement.